Phéromones humaines : mythe ou réalité ?
Un parfum « aux phéromones » promet d'attirer irrésistiblement. La promesse fait rêver, mais la science est nettement plus prudente. Les phéromones sont bien réelles chez de nombreux animaux ; chez l'humain, leur existence reste, à ce jour, non démontrée. Démêlons le solide du marketing.
Une phéromone, c'est quoi au juste ?
Le terme, proposé en 1959 par Karlson et Lüscher, désigne une substance émise par un individu et qui déclenche, chez un autre individu de la même espèce, une réponse spécifique : un comportement (attraction, alarme) ou une modification physiologique. La définition est exigeante : il ne suffit pas qu'une odeur soit agréable ou « sexy », il faut un effet reproductible et propre à l'espèce.
Chez les animaux, les exemples abondent et sont spectaculaires. Le bombykol des papillons attire le mâle à des kilomètres ; des phéromones d'alarme déclenchent la fuite chez les pucerons ; et un signal bien établi chez le mammifère est celui d'une molécule des larmes de souriceau qui inhibe certains comportements. Ces effets sont mesurables et reproductibles.
L'organe voméronasal, capteur des phéromones animales
Chez de nombreux mammifères, ces signaux sont captés par un organe dédié, distinct de l'odorat classique : l'organe voméronasal (VNO), ou organe de Jacobson, situé à la base de la cloison nasale. Il dispose de ses propres récepteurs et de sa propre voie nerveuse vers le cerveau. C'est lui qui explique le comportement de « flehmen » du chat ou du cheval, qui retroussent la lèvre pour aspirer l'air vers cet organe.
Et chez l'humain ? Un organe résiduel
C'est là que la situation se complique. On retrouve bien, chez l'embryon humain, une ébauche de VNO. Mais chez l'adulte, lorsqu'une structure y ressemble, elle apparaît vestigiale : les gènes des récepteurs voméronasaux sont en grande partie non fonctionnels (pseudogènes), et aucune connexion nerveuse active vers le cerveau n'a été démontrée. Autrement dit, l'humain ne semble pas disposer du « câblage » qui, chez l'animal, transmet le signal phéromonal.
Cela ne signifie pas que les odeurs corporelles sont sans effet sur nous : elles influencent indéniablement l'humeur, les souvenirs et certaines préférences, via l'odorat ordinaire. Mais « influencer » par l'odeur n'est pas « déclencher un comportement » au sens strict d'une phéromone. La nuance est exactement ce que le marketing efface.
Les molécules candidates n'ont pas tenu leurs promesses
Quelques composés ont été proposés comme phéromones humaines, en particulier l'androstadiénone (dérivée de la testostérone) et l'estratétraénol. Des études ont rapporté des effets sur l'humeur ou l'attention, mais les résultats sont contradictoires, peu reproductibles, et n'établissent pas la réponse spécifique exigée par la définition. En 2017, une étude soignée n'a pas confirmé les effets attendus de ces molécules sur le jugement de l'attractivité. À ce jour, aucune phéromone humaine n'est reconnue comme prouvée.
| Affirmation | Statut scientifique |
|---|---|
| Les phéromones existent chez les animaux | ✓ Solidement établi |
| Beaucoup d'animaux ont un VNO fonctionnel | ✓ Établi |
| L'humain a un VNO fonctionnel à l'âge adulte | ✗ Non démontré (vestigial) |
| L'androstadiénone est une phéromone humaine | ✗ Non prouvé |
| Un parfum « aux phéromones » attire à coup sûr | ✗ Argument marketing |
À ce jour, aucune phéromone humaine n'a été identifiée selon les critères scientifiques qui valent pour les animaux : une molécule unique provoquant une réponse spécifique et reproductible. Les odeurs corporelles agissent réellement sur nous, mais par l'odorat ordinaire — pas par un sixième sens chimique caché.
Ce que le marketing survend
Les produits « aux phéromones » s'appuient sur un raccourci séduisant : puisque les animaux communiquent par phéromones, l'humain ferait de même, et il suffirait d'en vaporiser. Le raisonnement saute deux étapes — l'absence d'organe récepteur fonctionnel et l'absence de molécule prouvée. Le plus probable, quand un tel parfum « fait de l'effet », c'est l'effet d'une fragrance agréable et la confiance qu'elle procure : un mécanisme bien réel, mais qui n'a rien d'une phéromone.
Mieux vaut donc juger un parfum sur ce qu'il est vraiment — une odeur travaillée — que sur une promesse chimique non tenue.
Pour comprendre ce qui agit vraiment
Si les phéromones humaines restent hypothétiques, l'odorat, lui, façonne nos perceptions de façon mesurable. Pour saisir comment une odeur atteint le cerveau, lisez comment fonctionne l'odorat. Pour savoir d'où viennent réellement les signaux odorants du corps, voyez d'où vient l'odeur corporelle. Le lien puissant entre odeur, émotion et souvenir — bien plus solide que toute « phéromone » — est traité dans odeurs et mémoire. Enfin, pour comprendre quelles molécules portent ces messages, voyez ce qui rend une molécule odorante, et explorez nos guides pratiques côté maison.
Sources
- Karlson, P. & Lüscher, M. « 'Pheromones': a new term for a class of biologically active substances », Nature, vol. 183, 1959 — définition du terme.
- Wyatt, T. D. « The search for human pheromones: the lost decades and the necessity of returning to first principles », Proceedings of the Royal Society B, vol. 282, 2015 — état des preuves et critères.
- Wysocki, C. J. & Preti, G. « Facts, fallacies, fears, and frustrations with human pheromones », The Anatomical Record, vol. 281A, 2004 — VNO humain vestigial.
- Hare, R. M. et al. « Putative sex-specific human pheromones do not affect gender perception, attractiveness ratings or unfaithfulness judgements of opposite sex faces », Royal Society Open Science, vol. 4, 2017 — androstadiénone et estratétraénol non confirmées.