Odeur.net

D'où vient l'odeur corporelle ?

Contre-intuitif mais établi : la sueur, en sortant de la peau, ne sent presque rien. L'odeur corporelle naît un peu plus tard, lorsque les bactéries qui vivent sur notre peau se nourrissent de ces sécrétions et les transforment en composés odorants. Voici qui fait quoi, des aisselles aux pieds.

Publié le 28 mai 2026 · lecture 8 min

Deux types de glandes, deux rôles

La peau possède deux grandes familles de glandes sudoripares, dont la confusion explique bien des idées reçues.

Les glandes eccrines sont réparties sur presque tout le corps. Elles produisent une sueur claire, composée d'eau et de sels, dont le rôle principal est la thermorégulation : en s'évaporant, cette sueur refroidit le corps. Elle est essentiellement inodore.

Les glandes apocrines sont concentrées dans certaines zones — aisselles, aine, contour des mamelons — et s'activent surtout à la puberté. Leur sécrétion est plus riche : elle contient des lipides, des protéines et des précurseurs sans odeur. C'est cette matière première grasse que les bactéries adorent, et c'est de là que naît l'odeur caractéristique.

Le vrai responsable : le microbiote de la peau

Notre peau héberge en permanence des milliards de micro-organismes, un écosystème appelé microbiote cutané. Loin d'être des intrus, ils participent à notre équilibre. Mais dans les zones humides et riches comme les aisselles, certaines bactéries transforment les sécrétions apocrines en molécules volatiles odorantes.

Deux acteurs reviennent dans les études. Les Corynebacterium produisent surtout des acides gras volatils à l'odeur âcre. Et Staphylococcus hominis joue un rôle clé dans la formation des thioalcools — des composés soufrés à l'odeur très puissante, souvent décrite comme « oignon » ou « sueur », détectables à très faible dose. Cette implication du soufre n'a rien d'étonnant : c'est la même famille que celle qui rend les odeurs d'œuf pourri si perçantes, comme l'expliquent nos articles sur les molécules odorantes.

De la glande à l'odeur : le rôle de la bactérie Une coupe de peau : une glande apocrine libère une sécrétion sans odeur, une bactérie la transforme en molécule odorante qui s'envole. glande apocrine sécrétion (sans odeur) bactérie cutanée thioalcools odorants
La glande apocrine libère une sécrétion presque inodore. Une bactérie de la peau la dégrade en composés volatils (acides gras, thioalcools) : c'est là que naît l'odeur.

Aisselles, pieds : pourquoi ces zones ?

Les zones les plus odorantes partagent trois conditions favorables aux bactéries : la chaleur, l'humidité et une « nourriture » abondante. Les aisselles réunissent tout : glandes apocrines, pli cutané confiné, pilosité qui retient la sueur. Les pieds, eux, comptent surtout des glandes eccrines, mais enfermés dans une chaussure, ils deviennent un terrain humide idéal ; les bactéries y produisent notamment de l'acide isovalérique, à l'odeur de fromage bien connue des amateurs de baskets.

Le tableau ci-dessous résume les principaux foyers d'odeur et leur cause dominante.

ZoneGlandes dominantesCause de l'odeur
AissellesApocrines + eccrinesThioalcools et acides gras (bactéries)
PiedsEccrinesAcides volatils dans un milieu confiné
AineApocrinesSécrétions riches dégradées par les bactéries
Cuir cheveluSébacées + eccrinesSébum oxydé et activité microbienne

L'assiette compte aussi

L'alimentation modifie l'odeur corporelle de deux façons. Certains aliments riches en composés soufrés — ail, oignon, choux — libèrent des molécules volatiles qui passent dans le sang puis ressortent par la sueur et l'haleine. D'autres, comme une consommation importante de viande, peuvent altérer la composition des sécrétions et nourrir différemment les bactéries. Les épices fortes (cumin, curry) sont aussi connues pour imprégner durablement la transpiration.

💡 Fait citable

Un déodorant et un anti-transpirant n'agissent pas pareil : le déodorant cible les bactéries (il limite la transformation des sécrétions en molécules odorantes), tandis que l'anti-transpirant réduit le flux de sueur en obstruant temporairement les pores. Comme l'odeur vient surtout des bactéries, se laver régulièrement et limiter l'humidité agit à la racine du problème.

Et quand l'odeur s'incruste dans les textiles ?

L'odeur corporelle ne reste pas sur la peau : les mêmes composés gras et soufrés s'accrochent aux fibres et y nourrissent à leur tour des bactéries, d'où le linge ou les chaussures qui « sentent » même propres en apparence. Nos pages dédiées détaillent comment traiter ces cas : l'odeur de transpiration sur les textiles et celle des chaussures. Côté remède, le bicarbonate de soude est souvent utile : il tamponne le pH et capte l'humidité, ce qui défavorise les acides volatils — même s'il reste limité sur les composés gras et soufrés les plus tenaces. Pour replacer chaque produit dans son rôle, voyez le pôle maison.

Sources

  1. Minhas, G. S. et al. « Structural basis of malodour precursor transport in the human axilla », eLife, vol. 7, 2018 (University of York) — rôle de Staphylococcus hominis dans la production des thioalcools des aisselles.
  2. James, A. G. et al. « Microbiological and biochemical origins of human axillary odour », FEMS Microbiology Ecology, vol. 83, 2013 — bactéries (Corynebacterium, staphylocoques), sécrétions apocrines et composés odorants.
  3. Distinction glandes eccrines (thermorégulation, sueur quasi inodore) et apocrines (sécrétions riches précurseurs d'odeur) — physiologie de référence de la peau.
  4. Influence de l'alimentation (composés soufrés de l'ail, oignon, choux ; épices) sur l'odeur corporelle — littérature en chimie sensorielle (2000s–2010s).